Faut-il inspirer par le nez ou par la bouche pour chanter ?

Les deux sont possibles, bien entendu, mais chaque méthode a ses avantages et ses inconvénients.

Prenons la buccale : elle est la plus familière pour beaucoup de chanteurs, car elle est très rapide, c’est son principal avantage.

Comparons avec la nasale, qui elle a une liste d’avantages bien plus longue : lorsque l’air passe via le nez, il est filtré (nettoyé des poussières de l’air ambiant) et réchauffé, ce qu’apprécient vos cordes vocales, qui vont rester ainsi propres et détendues (le froid contracte nos tissus).

De plus, l’inspiration nasale est interprétée par notre système nerveux comme un geste de confort, alors que l’inspiration buccale est liée au stress, à l’attaque et à la fuite ; nous partageons cela avec de nombreuses espèces animales, et nos poumons sont adaptés à cela : le haut des poumons est équipé pour échanger de grandes quantités d’oxygène (entrant) contre du dioxide de carbone (sortant) afin de préparer le corps à faire un effort physique (fuite, attaque). L’inspiration buccale stimule ainsi le haut de la cage thoracique et nous prépare à l’effort physique.

Le bas des poumons, au contraire réalise moins d’échange gazeux, mais joue un rôle important dans la digestion avec la mobilité des basses côtes et du diaphragme : les allers-retours du diaphragme massent les intestins, la mobilité des basses-côtes augmente la capacité respiratoire et libère le diaphragme. La respiration nasale est le geste spontané de tous les bébés au calme, et nous l’utilisons pour dormir la plupart du temps. Elle stimule la mobilité de la partie basse* de la cage thoracique, qui est celle qui nous intéresse pour chanter !

Chanter n’est pas courir un 100m, nous n’avons nul besoin de beaucoup d’oxygène pour cela, mais nous avons besoin d’une quantité importante d’air et d’un diaphragme mobile et tonique, ainsi que de nous sentir en sécurité et détendu pour exprimer des émotions.

Il est donc très important d’utiliser les deux types d’inspiration : la buccale losque le temps d’inspiration est nécessairement court, la nasale partout ailleurs. C’est pour cela qu’il faut s’y entrainer de manière systématique lors des échauffements ou des exercices techniques, et utiliser une notation différentiée lors de l’apprentissage d’un nouveau morceau. A force de pratiquer** l’inspiration nasale nous n’aurons plus besoin de “penser notre inspiration”, et le bon geste viendra au moment approprié, car il n’est pas question sur scène d’avoir à réfléchir consciemment à cela !

* rappelons que la “respiration ventrale” est un abus de langage, car les poumons sont situés au dessus du ventre ! On parlera plus exactement de “respiration haute, moyenne ou basse” en se référant aux espaces costaux.

** de nombreuses disciplines extérieures au Chant peuvent vous aider à la travailler : Yoga, Chi-gong, Taï-so, et bien sûr la Méthode Feldenkrais propose un éventail de séances dédiées à cette fonction.